Publié en septembre 2026, le rapport de l’Institut Montaigne (« Longévité en santé : Prévenir pour mieux vieillir ») dresse un constat sans appel : face au vieillissement de la population, la France doit d'urgence transformer son modèle sanitaire. La transition d'une médecine réactive centrée sur la dépendance vers une médecine proactive de la longévité n'est plus une option, mais une nécessité pour la soutenabilité de notre système de santé.Cette mutation exige une formation approfondie des professionnels de santé aux gérosciences, aux biomarqueurs et à l'intelligence artificielle.

1. Le constat démographique et financier : un modèle sanitaire à bout de souffle
Le système de santé français s'est construit au milieu du XXᵉ siècle autour d'une logique essentiellement curative et réparatrice, conçue pour prendre en charge des pathologies aiguës ou des situations de dépendance déjà installées. Or, la transition démographique modifie profondément la donne : en 2025, pour la première fois dans notre histoire, les personnes de plus de 60 ans représentent 28,5 % de la population française, devenant plus nombreuses que les moins de 18 ans. À horizon 2070, la France comptera plus de 20 millions de personnes âgées de plus de 65 ans.

Si l'espérance de vie à la naissance continue de progresser, l'espérance de vie en bonne santé stagne autour de 64 ans. Seuls 45 % des Français de plus de 65 ans se déclarent aujourd'hui en bonne santé.
Sans changement de cap, le surcoût financier lié au simple vieillissement démographique et aux maladies chroniques alourdira les dépenses de santé de +32 milliards d'euros d'ici 2040 et de +41 milliards d'euros à horizon 2050.
De plus, le secteur fait face à une pénurie majeure de ressources humaines, la France ne comptant que 2,1 professionnels du grand âge pour 100 seniors, contre 5 en moyenne au sein des pays de l'OCDE.

2. Le virage stratégique : promouvoir la longévité en santé et les gérosciences
Pour enrayer cette trajectoire, l'Institut Montaigne préconise de s'inspirer des réussites obtenues dans la lutte contre le cancer.
Le rapport recommande de se fixer un objectif national de rattrapage de l'espérance de vie sans incapacité à horizon 2035-2040, piloté par un Institut national de la Longévité.
Ce changement de paradigme repose sur quatre leviers fondamentaux :

  • L'essor des gérosciences : Comprendre et cibler les mécanismes biologiques fondamentaux du vieillissement en amont des pathologies pour réduire l'écart entre l'âge civil et l'âge biologique.
  • Le passage à l'échelle d'ICOPE dès 50 ans : Généraliser le programme de soins intégrés de l'OMS afin d'évaluer les 6 dimensions de la capacité intrinsèque (mobilité, cognition, nutrition, vision, audition, état psychologique) lors de chaque contact avec le système de soins.
  • Le déploiement du numérique et de l'IA : Édifier une plateforme digitale nationale unique, interopérable et centrée sur la donnée de santé, l'intelligence artificielle et les jumeaux numériques pour assurer un suivi longitudinal des parcours de vie.
  • L'adaptation des compétences professionnelles : Former massivement les professionnels de santé aux gérosciences et aux outils de la médecine de précision.

Le rapport de l'Institut Montaigne démontre que la longévité en santé constitue un enjeu sociétal, économique et médical majeur. Mais cette transition ne pourra s'incarner sans des professionnels formés, capables de manier les outils de pointe de la biologie du vieillissement et des technologies numériques