Que devient la relation de soin lorsque l’IA entre dans la pièce ?
Pendant longtemps, la relation de soin a reposé sur un modèle relativement simple :
𝐮𝐧 𝐦𝐞́𝐝𝐞𝐜𝐢𝐧 + 𝐮𝐧 𝐩𝐚𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭.
Deux personnes.
Deux regards.
Une relation fondée sur la confiance, l’écoute et la responsabilité.
Avec les LLM, un troisième acteur entre dans la pièce.
Et il ne se contente plus de traiter des données en arrière-plan.
Il peut écouter.
Questionner.
Reformuler.
Expliquer.
Suggérer.
Parfois même conseiller.
La relation de soin devient un ménage à trois.
Avec elle apparaissent de nouvelles promesses… mais aussi de nouveaux dilemmes.
Et si l’IA libérait justement du temps pour l’humain ?
Un essai clinique récent montre qu’une préparation automatisée de l’anamnèse peut réduire de 28,7 % la durée des consultations spécialisées, tout en améliorant la communication perçue par les patients et leur perception de l’attention du médecin.
Mais le « ménage à trois » soulève de nouveaux défis :
Défi relationnel
Les patients perçoivent parfois l’IA comme plus empathique que l’humain. Mais une empathie simulée peut-elle remplacer la relation humaine ? Et que se passe-t-il lorsque le LLM cherche davantage à nous satisfaire qu’à nous contredire ?
Défi décisionnel
Déléguer des tâches à des systèmes d’IA de plus en plus autonomes complexifie la responsabilité en cas d’erreur. Et jusqu’où peut-on ouvrir l’accès aux données du patient ?
Défi perceptuel
Face à des IA toujours plus précises, la position d’autorité du médecin est déstabilisée.
Son rôle pourrait évoluer : de celui qui sait vers celui qui interprète, arbitre et accompagne.
Concevoir l’IA avec ceux qui vont la vivre
La réponse ne peut pas être uniquement technologique.
Elle est aussi clinique, éthique et organisationnelle.
Les travaux récents sur le co-design montrent l’importance d’associer les patients et les professionnels à la conception de ces nouveaux dispositifs.
Car le véritable enjeu n’est pas de construire une IA qui s’intègre dans la relation de soin.
C’est de construire une IA qui améliore la relation de soin sans en déposséder ni le patient, ni le soignant.
Sources :
Dullabh P, Zott C, Gauthreaux N, Peterson C, Aronoff A, Monkhouse K, Sittig DF, Integrating Generative AI Into Patient-Centered Clinical Decision Support: Viewpoint on Research and Practice Considerations, J Med Internet Res 2026;28:e81628, doi: 10.2196/81628
Merlo, E. M., Sparacino, G., Silvestro, O., Giacobello, M. L., Meduri, A., Casciaro, M., Gangemi, S., & Martino, G. (2026). The Role of Artificial Intelligence in Shaping the Doctor–Patient Relationship: A Narrative Review. Healthcare, 14(4), 481. https://doi.org/10.3390/healthcare14040481
Ranisch, R., & Salloch, S. (2026). Agentic AI, Medical Morality, and the Transformation of the Patient-Physician Relationship. arXiv preprint arXiv:2602.16553.https://doi.org/10.48550/arXiv.2602.16553
